Eric Duyckaerts s’est tu

Gepubliceerd op: 3 February 2019

Samedi 26 janvier, l’artiste belge Eric Duyckaerts est décédé. A Liège, ville où il était né le 4 février 1953, il avait poursuivi un double cursus en droit et en philosophie et semblait promis à une brillante carrière universitaire. Il aurait ainsi suivi les traces paternelles (son père était un éminent philosophe, professeur de psychologie dynamique). Il en a décidé autrement et, dans la dynamique créative liégeoise de l’époque, il a été un des membres fondateurs du collectif théâtral Groupov. Je ne le connaissais pas personnellement, mais pendant les années 1980, j’ai souvent croisé sa silhouette élégante et longiligne, j’ai remarqué son regard vif et un peu halluciné et lui ai trouvé un air de personnage de film burlesque : un corps étranger au décor.

Le décor, c’était en bord de Meuse, une ville qui regardait vers Paris ; pour les jeunes universitaires prometteurs et pour les artistes, là se trouvait le salut. C’est à Liège que Duyckaerts va commencer à développer une oeuvre mêlant performance, vidéo et installation. C’est aussi la ville qu’il va rapidement quitter et cela va lui réussir : il travaille avec la galerie Perrotin, il montre ses performances dans des lieux prestigieux, il devient professeur à la Villa Arson à Nice, à l’école supérieure d’art Pays Basque à Biarritz et à l’école nationale supérieur d’art de Paris Cergy. La Belgique se souviendra de lui en le désignant pour la représenter à la Biennale de Venise en 2007.

Dans son travail, Eric Duyckaerts s’est servi d’une érudition immense et fascinante autant que décalée (il use souvent du latin et du grec). Il a inventé un genre singulier : la conférence-performance, souvent désopilante, qui mettait au centre de la scène ou de l’image l’universitaire qu’il avait refusé d’être. Devant une bibliothèque, comme dans une émission de télévision un peu surannée, debout devant un tableau (noir ou blanc), l’artiste parodiait les leçons. Assis derrière une table, il mimait les communications de colloques. Il entretenait son public de sujets variés appartenant aux sciences, au droit, aux mathématiques, à la philosophie ou à l’art. Mais cette accroche dérivait rapidement dans des digressions enchâssées les unes dans les autres et dans de brillants jeux de langage. Ainsi, ‘La main à deux pouces’ (1993) démarre avec l’histoire de l’anatomie et se termine par une tentative d’auto strangulation. ‘Fox P2’ (2013) part de l’origine du langage et se conclut sur l’idée que les mathématiques appliquées contiennent toutes les oeuvres d’art présentes, passées et à venir, sans oublier ‘Kant’ (2000) un clip musical irrévérencieux et multilingue.

Eric Duyckaerts s’est tu définitivement. Restent ses vidéos, celles de ses performances, quelques écrits. ‘Hegel ou la vie en rose’, un texte paru aux éditions Gallimard en 1992, se terminait ainsi : « Y a pas de raison que ça s’arrête, donc arrêtons. Best Regards. Eric ». Best Regards Eric !

Colette DUBOIS

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